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L’ actualité vue par Martine AUBRY

Posté par toulouse2008 le 9 octobre 2008

Christophe BARBIER : Martine Aubry bonjour.

Martine AUBRY, maire de Lille (PS) : Bonjour.

Christophe BARBIER : “Il n’y aura pas de faillite bancaire en France” a promis François Fillon hier à l’Assemblée. Est-ce que vous le croyez ? Il se porte garant.

Martine AUBRY : Oui, je le crois. Je le crois parce que je pense que le président de la République, les banques centrales en France et ailleurs jouent leur rôle aujourd’hui à la fois pour garantir les dépôts des épargnants et aussi pour accompagner les banques. Mais ce que j’aimerais, c’est qu’on dise aux banques : “Quand ça ira mieux, cet argent public, il faudra le rembourser.” Parce qu’aujourd’hui, les petits épargnants qui perdent sur leur PEA, sur leur assurance vie, eux ne comprennent pas très bien qu’il y ait deux poids deux mesures. Mais il faut soutenir ces banques, et nous soutenons, nous accompagnons le président de la République dans cette action.

Christophe BARBIER : Pensez-vous, et une partie de la Gauche le pense, qu’il faut quand même constituer un fonds européen géré à 27 pour intervenir en cas de pépin dans tel ou tel pays ?

Martine AUBRY : Eh bien, il aurait mieux valu pouvoir le faire, mais les Allemands s’y opposent puisqu’en Allemagne d’abord le système allemand de régulation des banques est beaucoup plus stricte que le nôtre, et ça nous donne des leçons ; et puis aussi parce que l’Allemagne n’a pas aujourd’hui les mêmes difficultés sur le plan économique parce qu’elle a déjà relancé son économie et elle nous reproche de ne pas le faire suffisamment, comme nous le reprochons d’ailleurs à Nicolas Sarkozy. Le débat aura lieu cet après-midi où nous lui dirons : “Il faut relancer le logement. Il faut relancer les aides aux collectivités locales et surtout le pouvoir d’achat des Français.” C’est là le sujet.

Christophe BARBIER : Alors les parlementaires lui diront mais il ne sera pas là. Souhaitez-vous que le président vienne devant le congrès comme la nouvelle constitution le lui permet ?

Martine AUBRY : Non, je ne souhaite pas que le président vienne parce que je pense que nous changerions de régime. Mais je pense qu’il entendra. Enfin j’espère, parce qu’on nous parle d’unité nationale en permanence. Je crois que nous, nous disons qu’il ne suffit pas de corriger aujourd’hui ou de sanctionner quelques personnes qui ont utilisé le système. C’est le système en lui-même qui est en cause. Il faut remettre l’économie réelle avant la finance. Il faut une meilleure redistribution des richesses dans notre pays et dans le monde et notamment le pouvoir d’achat, et il faut changer la politique économique que Nicolas Sarkozy applique depuis un an et demi et qui nous a menés à la récession, à l’augmentation du chômage et justement à cette perte du pouvoir d’achat.

Christophe BARBIER : Pourriez-vous dire oui à une unité nationale par exemple sur le premier volet que vous évoquiez, c’est-à-dire redéfinir les règles du capitalisme, réfléchir à un Bretton Woods bis ?

Martine AUBRY : Je crois que rien ne serait pire que de penser qu’il suffit de sanctionner quelques personnes, de fixer de nouvelles règles, par exemple des règles prudentielles pour les banques, de nouvelles règles sur les agences de notation, des superviseurs européens et de se dire : “Le problème est réglé”. Le problème n’est pas réglé. Quand aujourd’hui nous sommes dans un système où on nous dit “Il faut des parachutes dorés dans nos pays autrement ils vont partir ailleurs”, quel est le système dans lequel on est ? Un système totalement injuste, un système où la création de richesses ne va pas à ceux qui les produisent, un système qui ne peut pas continuer en cassant nos ressources énergétiques, en ne préparant pas l’avenir. Donc c’est bien un nouveau système qu’il faut mettre en place où le rôle du marché et le rôle de l’Etat seront revus, où on distribuera autrement les richesses et où on donnera la possibilité à chacun d’avoir accès aux droits et au territoire de se développer, c’est-à-dire des services publics. Donc il faut repenser le système et pas se contenter de penser qu’il faut mettre des règles à ce marché financier fou.

Christophe BARBIER : Alors vous évoquiez les parachutes dorés. La réforme est en cours. Deux ans maximum d’indemnités si l’entreprise a obtenu de bons résultats, pas de stock-options si le reste des salariés n’en profite pas. Ces propositions du MEDEF, dont le gouvernement demande l’application avant la fin de l’année, est-ce que vous les approuvez ?

Martine AUBRY : Eh bien, je pense que de ne pas prendre de stock-options quand on prend des décisions stratégiques pour l’entreprise, c’est évident parce que rien n’est pire que de prendre des décisions par rapport à un intérêt financier personnel et pas par rapport à l’intérêt économique de l’entreprise. Mais il faudrait aussi que les stock-options et les parachutes dorés soient fiscalisés comme les salaires, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Et puis je crois comprendre…

Christophe BARBIER : La Gauche avait fait voté…

Martine AUBRY : Oui, bien sûr.

Christophe BARBIER : … une taxation plus-value plutôt qu’une taxation impôt sur le revenu. Donc…

Martine AUBRY : Voilà. Mais maintenant, je crois qu’il faut changer les choses, de même qu’il faudrait faire en sorte que ce soit une loi qui porte tout cela et non pas, comme nous le dit aujourd’hui, si j’ai bien compris, Monsieur Fillon, la bonne grâce des chefs d’entreprises pour le mettre en place.

Christophe BARBIER : Alors la loi est promis pour janvier si les entreprises ne passent pas à l’application.

Martine AUBRY : D’accord, mais je pense qu’on pourrait agir plus vite, surtout quand on a tenu le discours que le président de la République a tenu à Toulon en montrant les coupables du doigt. Mais encore une fois, nous, nous pensons qu’il ne suffit pas de faire cela, il faut le faire. Il ne suffit pas de fixer des règles aux marchés financiers comme commencent à le faire les Européens entre eux, il faut changer le système qui est profondément injuste, et il faut aussi que le président de la République change de politique, notamment en supprimant le bouclier fiscal. On a eu les chiffres hier.

Christophe BARBIER : Qui a profité quand même aux salariés qui ont touché des heures supplémentaires. Il faut tout supprimer ?

Martine AUBRY : Les heures supplémentaires, il y en a eu très très peu, vous le savez. Et puis aujourd’hui, nous voyons bien les résultats. Nous sommes le seul pays au monde où il coûte moins cher de faire des heures supplémentaires que d’embaucher, où on a supprimé 100 000 emplois aidés cette année. Le résultat, c’est la hausse du chômage actuelle. Cette défiscalisation des heures supplémentaires n’a pas permis de travailler plus pour gagner plus, nous le savons très bien puisque le pouvoir d’achat est en baisse dans notre pays et il a été un élément qui a accru l’augmentation du chômage.

Christophe BARBIER : Alors l’analyse de la crise creuse aussi les différences entre les différentes motions du Parti Socialiste au congrès de Reims. Vous, est-ce que vous n’êtes pas en train de vous engager sur une pente trop étatiste, trop anti-libérale ?

Martine AUBRY : Non. Mais attendez, le libéralisme financier aujourd’hui, c’est cela que nous critiquons. C’est-à-dire, brutalement, le financier qui passe avant l’économique. Moi, je veux par exemple, en disant que l’impôt sur les sociétés pourrait avoir un taux modulé selon si l’entreprise réinvesti dans des équipements, dans la recherche ou si elle distribue ses profits aux actionnaires. L’impôt sur les sociétés pourrait être différent. Je dis qu’il faut relancer aujourd’hui le pouvoir d’achat. Bertrand Delanoë pense qu’il faut relancer uniquement l’investissement. Je crois qu’il faut faire les deux. Et pour cela, je dis par exemple que ces énormes milliards qui passent en exonérations sociales pour les entreprises devraient être liés à un accord salarial que passerait l’entreprise avec les syndicats. Il faut retrouver l’économie réelle par rapport à la finance. Il faut retrouver le marché qui crée la concurrence, qui innove, qui est créatif et non pas seulement le marché qui fait des profits à court terme. Et puis il faut un Etat et des services publics forts, rénovés, pour apporter des réponses qui soient propres à chaque enfant à l’école, qui soient propres à chaque salarié. Donc nous devons faire une révolution dans notre façon de fonctionner – l’Etat lui-même, les services publics, les collectivités publiques. Encore faut-il qu’il y ait de l’argent public pour cela.

Christophe BARBIER : Alors Benoît Hamon, pour que l’on voit mieux justement les différences entre les motions, propose un débat public, un peu comme lors de la primaire présidentielle. Relevez-vous le défi ?

Martine AUBRY : Ah, moi, je n’ai aucun problème pour ce débat public. Je pense que nous parlerions du fond. Nous verrions bien qu’il y en a qui veulent poursuivre le système actuel et d’autres qui pensent qu’il faut profondément le changer. Il y en a qui pensent qu’il faut aujourd’hui relancer le pouvoir d’achat, d’autres pensent qu’il faut relancer l’investissement. Il y en a qui pensent qu’il faut une Europe qui soit évidemment une Europe qui porte le libre échange mais qui soit capable de créer un juste échange pour aider les pays du Sud et aussi pour protéger nos secteur prioritaires. C’est ce que nous faisons et je crois que notre motion est celle qui montre peut-être avec le plus de force qu’il y a un autre système possible pour rassurer les Français et pour apporter des valeurs collectives là où les Français se sentiront mieux que dans l’individualisme, l’égoïsme actuel que l’on essaye de porter. Voilà.

Christophe BARBIER : “Et si on se retrouvait ?”, c’est le titre de votre livre aux éditions de l’Aube. Vous n’étiez pas hier en personne à Paris pour défendre votre motion.

Martine AUBRY : Non.

Christophe BARBIER : Vous n’accueilliez pas Bertrand Delanoë aujourd’hui à Lille. Vous vous évitez un peu. Le torchon brûle un peu, non ?

Martine AUBRY : Non, non, non. Ne vous inquiétez pas. Il aura un cadeau de ma part ce soir. Je suis à Courtrai car je suis présidente de l’Eurométropole – c’est prévu depuis six mois – dans une grande manifestation sur les textiles techniques innovants et intelligents. Nous sommes un pôle d’excellence, donc je ne peux pas faire ça à Stéphane Declercq, le maire de Courtrai. Mais il sera accueilli.

Christophe BARBIER : Mais Bertrand Delanoë est le bienvenu.

Martine AUBRY : Il est le bienvenu comme d’habitude et il sera accueilli. Nous avons le droit d’avoir des désaccords et je crois qu’un parti démocratique doit reconnaître ses désaccords. Je crois que réellement nous ne pouvons pas continuer comme avant, que les réponses du “Nous allons continuer à agir” ne sont pas à la hauteur de la question, de même que je pense qu’il faut changer le Parti Socialiste – j’ai commencé à le faire – en oubliant les querelles des uns et des autres. Nous travaillons ensemble, nous nous retrouvons.

Christophe BARBIER : Vous devrez vous retrouver de toute façon sur une synthèse.

Martine AUBRY : Ecoutez, nous n’en sommes pas là. Moi je suis partie en défendant cette motion pour gagner. Pour gagner parce que je pense que nous avons perdu ce que nous étions, nos valeurs collectives. Nous avons perdu aussi une certaine pratique entre nous, conviviale, rassemblée, où l’on parle d’une même voix. Aujourd’hui, des hommes et des femmes qui ont eu des parcours différents, qui ont pu se quereller, travaillent ensemble, portant centralement un projet de gauche qui puisse remplacer ce système libéral financier qui s’effondre à nos côtés. Je crois que nous sommes les seuls à le porter avec force. Et donc moi, je pars pour gagner. Voilà.

Christophe BARBIER : Xavier Darcos, ministre de l’Education, veut sanctionner les maires qui n’appliquent pas le service minimum d’accueil dans les écoles. Alors l’avez-vous appliqué à Lille hier ? Et craignez-vous les punitions ?

Martine AUBRY : Non, je l’ai appliqué. Je me suis opposée à cette loi anti-grève et surtout très très difficile à appliquer. Je suis une républicaine, j’ai appliqué la loi. Mais vous savez, trouver 400 personnes qualifiées pour accueillir des enfants, puisque nous nous occupons des primaires et des maternelles, ce n’est pas facile. Donc beaucoup de parents ont gardé leurs enfants chez eux, mais nous avons mis en place le service minimum partout où nous pouvions le faire en toute sécurité pour les enfants.

Christophe BARBIER : Fusionner les départements et les régions, est-ce une bonne idée ? Deux départements, une seule région en Nord-Pas-de-Calais ?

Martine AUBRY : Ecoutez, moi je crois qu’aujourd’hui la priorité… J’ai été avec des maires pour défendre la DSU la semaine dernière, ils vont être reçus par Madame Alliot-Marie aujourd’hui. La priorité aujourd’hui, c’est de donner aux collectivités publiques, qui font les trois quarts des investissements publics, les moyens de fonctionner. Et puis ensuite on discutera de l’architecture de l’ensemble. Or, le budget que nous prépare Nicolas Sarkozy, qui est un budget qui va rajouter de la crise à la crise, réduit ces dotations comme il réduit le logement, comme il réduit l’emploi.

Christophe BARBIER : Augmentez les impôts ! +9 % l’année prochaine à Paris et à Lille.

Martine AUBRY : Non, moi je n’augmente pas les impôts. Je ne les ai pas augmentés non plus dans le précédent mandat. Nous gérons bien, je l’espère. Nous gérons toujours mieux. Mais en revanche, nous avons besoin de dotations de l’Etat et de péréquation pour que la solidarité nationale aide les villes, les départements, les régions les plus pauvres.

Christophe BARBIER : Martine Aubry “Et si on se retrouvait ?” Merci. Bonne journée.

Martine AUBRY : Merci à vous.

Une Réponse à “L’ actualité vue par Martine AUBRY”

  1. David C. dit :

    La recette d’un VRAI Nouveau Bretton Woods

    La conférence pour un nouveau Bretton Woods devra agir de toute urgence afin que :

    • Le système financier actuel soit déclaré en faillite, mis en règlement judiciaire et remplacé par un nouveau.
    • Un système de parités fixes soit accepté et immédiatement mis en place.
    • Les produits financiers hyper-spéculatifs, tels que les « produits dérivés », soient mis hors la loi par des accords entre gouvernements.
    • Une vaste réorganisation de la dette soit entreprise, certaines dettes devant être rééchelonnées ou annulées.
    • De nouvelles lignes de crédit soient ouvertes grâce au crédit productif public, en s’inspirant de la politique d’Alexander Hamilton et du « Système d’économie politique américain », rendant ainsi possible le plein emploi qualifié grâce à des investissements dans un renouveau infrastructurel et technologique.
    • Le « pont terrestre eurasiatique » soit réalisé, clef de voûte de la reconstruction économique mondiale et vision qui sera à l’origine non seulement d’un « miracle » économique mais aussi socle de la paix mondiale du vingt-et-unième siècle.
    • Un nouveau « traité de Westphalie » soit signé pour garantir la disponibilité, l’exploration et le développement des matières premières en faveur de tous les pays du monde, au moins pour les cinquante ans à venir.

    Source : http://www.solidariteetprogres.org/petitionNBW/

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr

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