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  • Damien CAREME

    Damien CAREME

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BESOIN DE GAUCHE

Posté par toulouse2008 le 12 juin 2008

Version 2. Le texte est en cours d’amendement pour présentation définitive le 1 juillet.

Besoin de gauche 

Introduction 

Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les Français, à qui l’on avait promis croissance et pouvoir d’achat, n’ont ni l’une, ni l’autre. Défiants à l’égard d’un pouvoir brouillon qui leur a menti, ils nourrissent de vives inquiétudes pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent. Parallèlement, la concentration financière s’accélère, en faveur d’une hyperclasse mondiale qui s’enrichit à coup de stock-options d’un montant démesuré et de parachutes dorés, malgré des résultats quelquefois médiocres.   

Alors que chaque jour illustre les excès d’un capitalisme abandonné à lui-même, la gauche peine à proposer, en Europe et dans le monde, une alternative électoralement viable, économiquement crédible, socialement juste. « Où est la gauche ? », entend-on partout. « Qu’a-t-elle à  proposer ? En quoi réglerait-elle mieux que la droite les problèmes que connaît la planète ? » 

La gauche française, alors qu’elle est devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la seconde fois de perdre les élections générales. Sa dernière victoire à l’élection présidentielle remontera, en 2012, à près d’un quart de siècle. 

Au-delà d’une alternative à l’UMP, que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c’est la nouvelle gauche du monde occidental qu’il faut faire émerger. Pour tracer les chemins d’une société plus juste, plus solidaire, moins dure, tout en répondant à la crise écologique par une meilleure  répartition des ressources rares, il s’avère indispensable de penser le monde, de prendre l’exacte mesure de l’expansion, depuis trente ans, du capitalisme globalisé. Les rapports entre les forces de travail et ce capital en mutation accélérée doivent être conçus à partir d’un cadre géopolitique pertinent qui, pour nous Français, sera nécessairement européen. Il s’agit de dégager de nouvelles marges de manœuvre, d’encourager la compétitivité dans les secteurs de l’économie confrontés à la concurrence internationale, tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services. 

Tel est l’enjeu pour toute une génération de socialistes. 

Notre Congrès doit surprendre. L’heure n’est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes.  Le temps qui s’ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche. 

Nous disposons désormais d’un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s’y accepte comme réformiste, attaché à la transformation sociale, européen, laïque et féministe. C’est à partir de ces valeurs qu’il nous faut travailler, dans les deux prochaines années, à apporter des réponses concrètes aux problèmes des Français. 

Plus que jamais, le travail qu’il nous faut engager est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui. L’avenir de la France, de l’Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières tout en nous prémunissant efficacement contre les secondes. 

A la fatalité, à la résignation qui inspirent le retrait de l’action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer une volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Nous devons dénoncer le discours par lequel la droite se présente comme réformatrice quand nous serions des conservateurs. Contre le parti de l’ordre, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre tous ceux qui prônent une troisième voie entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : le bien-être et l’autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de
la planète. Mais nous y ajouterons une exigence : rompre avec la proclamation de principes pour proposer les moyens d’assurer la réalisation concrète de ces idéaux. 

Nous sentons qu’il y a, aujourd’hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale et les services publics, tous appellent à une plus grande régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale. 

Le Congrès de Reims sera le point de départ d’un travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Méfiants par tradition comme par culture à l’égard de la personnalisation du pouvoir qui est au fondement même de
la Cinquième République, les socialistes refusent la présidentialisation du régime qu’accentue encore l’exercice du pouvoir par Nicolas Sarkozy. Cohérents avec nous-mêmes, nous refusons tout autant la présidentialisation du parti, dont nous doutons fort, au demeurant, qu’elle suffise à elle seule à garantir l’élaboration d’une doctrine, le nécessaire renouvellement des équipes et l’efficacité de l’organisation. 

Privilégiant une autre voie, nous proposons un programme de travail sincère. Agissons dans le respect des échéances, en menant par priorité la réflexion de fond, avec ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous pour cela sur
la société. Recréons une offre de gauche en réponse à la demande qui s’exprime. Surtout, faisons mentir l’idée selon laquelle le Parti socialiste serait uniquement une machine à désigner des candidats, incapable de concevoir une doctrine et un projet au point que la tâche en reviendrait exclusivement aux clubs et fondations qui sont proches de lui. 

Ce n’est que lorsque nous aurons accompli, ensemble, ce travail, que le moment viendra de choisir celle ou celui qui portera notre projet à l’élection présidentielle. Et nous proposons dès à présent que ce choix s’opère dans le cadre de primaires organisées au printemps 2011 par le Parti socialiste, auxquelles pourront prendre part, sans exclusive, tous ceux qui se reconnaissent dans les idées de progrès que nous défendons. 

1.      Quels objectifs le Congrès doit-il assigner au Parti socialiste ? 

Les enjeux auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés doivent nous conduire à poursuivre quatre grands objectifs. 

1.1.            Définir un nouveau modèle de développement 

A l’heure où le discours ambiant voudrait faire coïncider course à la modernité et meilleure reconnaissance de l’économie de marché, nous pensons que la modernité consiste au contraire à inventer le modèle de développement qui intégrera le mieux la justice sociale et la préservation de l’environnement. 

Fidèles à la vocation de la gauche, nous plaçons au cœur de notre action la lutte contre les déséquilibres économiques, les dégâts écologiques et les injustices sociales et territoriales engendrées par le fonctionnement du système capitaliste. Loin d’avoir perdu sa raison d’être, ce combat retrouve toute son acuité face à la mondialisation financière et aux nouvelles formes de domination qu’elle engendre. Or nous refusons l’alignement de notre modèle social sur les standards néolibéraux que la droite voudrait nous imposer. Socialistes, et donc internationalistes, nous militons plus que jamais pour une autre répartition des richesses à l’échelle planétaire et ne pouvons nous résoudre à l’approfondissement de la fracture entre le Nord et le Sud. 

Pour autant, ce rapport critique au capitalisme ne suffit pas à définir le socialisme du 21ème siècle. Ayant tiré les leçons de l’échec du « socialisme réel », nous reconnaissons depuis longtemps l’utilité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés. Mais nous jugeons le marché insuffisant dans des domaines comme l’éducation, la santé, la recherche ou la culture. 

Conscients que l’on ne peut redistribuer que ce qui est produit, nous savons qu’il nous faut être plus attentifs aux conditions de la création des richesses. Nous devons ainsi répondre à l’enjeu de la croissance et de la compétitivité française en réhabilitant le volontarisme économique. Aux antipodes du désengagement néolibéral, nous pensons que la puissance publique – Etat et collectivités territoriales –doit retrouver un rôle stratégique pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés, encourager le financement de l’investissement productif et de la recherche, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, ou encore le développement des nouveaux services et de l’économie sociale et solidaire. L’investissement dans la recherche est, du reste, une condition de la survie de nos économies, concurrencées par des pays émergents capables de former, chaque année, des centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs hautement qualifiés, mobiles et moins coûteux. 

Par opposition à la spéculation financière et à la politique de la droite, qui privilégie la rente, la gauche doit également encourager la prise de risque entrepreneuriale. Les gains de productivité ainsi obtenus devront être équitablement répartis entre le capital et le travail. 

La mondialisation étant aujourd’hui déréglementée et dérégulée, nous voulons en retrouver la maîtrise par le retour d’une réglementation internationalement négociée, adossée à toutes les formes possibles de régulation. Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, nous pensons en effet que les excès de la mondialisation ne remettent pas à l’ordre du jour la révolution socialiste, mais appellent une exigence accrue de régulation. Nous plaidons notamment pour un commerce international régulé. Les échanges ne peuvent continuer à se faire au détriment des pays du sud. Une puissante régulation doit imposer des garanties sociales et environnementales afin d’assurer la loyauté dans les échanges mondiaux et une démocratisation des instances de régulation internationale, dans le cadre d’une stratégie diplomatique alternative à l’alignement sarkozyste sur le bloc anglo-saxon. 

La révolution écologique que nous aurons à engager devra réorganiser la solidarité à l’intérieur de l’humanité. Pour la première fois depuis très longtemps, l’impératif moral écologique sera plus fort que la force des marchés : il  va constituer un levier puissant pour imposer par la voie de l’action politique des disciplines à cette économie suicidaire qui puise sans aucune limite et sans aucun frein dans les ressources de
la planète. Cette nouvelle donne écologique renouvelle plus fondamentalement encore notre vision même des besoins humains. Aux antipodes d’une approche purement matérialiste du bien être, nous entendons accorder désormais aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Nous croyons nécessaire d’enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire et à la sphère non marchande. 

Enfin, le souci que nous avons de ne pas léguer aux générations qui suivent une montagne de dettes qui obérerait, voire annihilerait l’action publique, nous entendons lutter contre les déficits par la remise en cause des avantages fiscaux les plus injustes, mais aussi réduire la dette publique et stabiliser les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat intelligente et audacieuse et un investissement social plus efficace. Pour la droite, la réforme consiste à paupériser les services publics pour en justifier, ensuite,
la privatisation. Proposons au contraire d’améliorer leur efficacité et leur qualité – qualité de gestion, transparence des dépenses, qualité du service rendu au public et aux usagers – pour réaffirmer leur légitimité. Qu’il s’agisse de la lutte contre le chômage, de l’éducation, de la police ou de la justice, nous militons pour un Etat efficient dont les actions soient mieux ciblées sur les besoins réels. 

1.2.            Assurer l’égalité des chances 

Nous doutons que les Français aient quoi que ce soit à attendre de la fausse radicalité d’une rupture annoncée avec le capitalisme mais jamais mise en œuvre. Adeptes d’une politique qui s’appuie sur les réalités, nous ne nous résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer à œuvrer à la concrétisation de l’utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation. 

Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se prétend libérale alors qu’elle est banalement conservatrice, reproduisant de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l’égalité des chances, en affirmant notre volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans
la société. Notre projet pour l’école, l’université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central. 

La volonté d’étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s’émanciper en choisissant sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action. Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu. 

Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs. 

Cette prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous pensons ainsi que pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, nous travaillons à une société d’individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de
la collectivité. Attachés au pari des Lumières et à la force des solutions collectives, nous refusons la perspective d’une société atomisée et défendons la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service de la justice sociale. 

Loin d’épouser les antagonismes internes à notre base sociale, loin de vouloir jouer à notre tour sur la division des « inclus » et des « exclus », nous souhaitons au contraire que la gauche élabore dans les années qui viennent un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société « fragmentée » et « dissociée ». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des cités comme à ceux du monde rural et périurbain ce qu’ils peuvent attendre de
la gauche. Nous pensons notamment que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique et morale tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre l’assistanat. Elle doit mieux répondre que ne le fait la droite à l’enjeu du pouvoir d’achat, en priorité lorsqu’il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l’éducation. Elle doit aussi rechercher une répartition plus juste des charges publiques par une réforme fiscale courageuse qui pénalise la rente, encourage l’effort et le travail et épargne les plus démunis. 

1.3.            Réaffirmer notre engagement européen. 

Notre volonté de bâtir des solidarités politiques transnationales qui permettent de faire face au déploiement du capital se traduit notamment par un engagement résolu dans l’unification politique européenne. Nous voulons une Europe unifiée et puissante, capable de peser dans les négociations sur le commerce mondial et d’établir en son sein des formes de gouvernance économique et d’harmonisation sociale. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l’affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées. 

En réaffirmant ces finalités partagées, nous ne voulons pas ignorer les insatisfactions engendrées par la construction européenne telle qu’elle est, exprimées en dernière date par le référendum en Irlande, ni occulter les débats qui ont surgi lors du processus de ratification du Traité Constitutionnel Européen. Mais nous croyons nécessaire de dépasser ces divergences et de travailler ensemble à la définition d’une stratégie politique des socialistes européens pour faire avancer leurs objectifs communs sur le continent.  L’Europe est pour nous l’espace nécessaire à la régulation dans
la mondialisation. C’est pourquoi nous encouragerons l’imposition par le Parlement européen d’un pacte économique écologique et social continental. 

Et l’Europe ne comptera dans le concert des nations que si elle affirme son autonomie et développe sa capacité à intervenir sur les théâtres de crise où se joue la sécurité de
la planète. Elle ne rassurera nos concitoyens que si elle apparaît plus à même de lutter contre toutes les formes de criminalité transfrontière que les Etats membres ne le feraient isolément. C’est pourquoi nous devons œuvrer, avec nos partenaires, au renforcement des capacités de l’Union en matière de défense et de sécurité. 

1.4.            Reconstruire le Parti socialiste. 

Le Parti socialiste a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s’est pas préparé. La tactique a pris le pas sur la projection dans l’avenir, la synthèse a prévalu sur les nécessaires choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans. 

La conviction qu’en dépit de tout cela, l’exaspération d’un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d’hommes qui nous espéraient à la hauteur des enjeux, parce que nous avons oublié que, dans ce pays, la gauche n’est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu’au terme d’un travail en profondeur. L’imagination s’en est allée, le leadership s’est émietté, la fraternité s’est abîmée, l’énergie du socialisme s’est réfugiée dans les collectivités territoriales. 

Et pourtant le Parti socialiste a en lui et autour de lui de formidables ressources : des militants dévoués, des élus nombreux et d’une exceptionnelle qualité, de toutes les générations, des experts, des intellectuels qui désespèrent d’être remobilisés. Valoriser nos atouts, nous redresser sur le plan intellectuel, nous remettre au travail, ensemble : c’est ainsi que nous réussirons ce Congrès, que nous le rendrons utile à la gauche et aux Français. 

Rassembler les gauches demeure évidemment l’objectif. Mais quelles gauches ? La situation est profondément différente du moment d’Épinay, où deux grands partis structuraient pour l’essentiel l’électorat de gauche. Le Parti socialiste n’a jamais été plus fort qu’aujourd’hui. Pourtant, avec des alliés faibles électoralement, le Parti communiste et les Verts, et de petits partis, le PRG et le MRC, il peut être durablement impuissant à construire un rapport de forces majoritaire. Et ce paradoxe est encore renforcé par la double concurrence que font peser, à l’extrême-gauche, un gauchisme compassionnel qui n’entend pas participer à une alternative politique réelle, et, sur sa droite, un centrisme présidentiel qui apparaît de plus en plus comme une aventure solitaire. 

Dans ces conditions, il n’y a pas d’autre solution pour les socialistes que d’atteindre une masse critique indispensable à une dynamique victorieuse. La visée d’un parti de toute la gauche est utile. Mais elle s’avérer trompeuse si, par là, nous entendons seulement un accord avec quelques morceaux d’appareils. C’est bien une mutation qu’il nous faut accomplir, et qui suppose un profond renouvellement. 

Nous avons besoin d’un parti beaucoup plus proche de son électorat, qui donne à ses militants un rôle nouveau d’animation politique, qui, à côté de ses fonctions traditionnelles et essentielles – la définition du programme, la sélection des candidats – prenne en charge de nouveaux besoins. 

Nous devons concevoir et construire un parti-réseau, qui associe en permanence les citoyens et les associations à ses définitions programmatiques, qui organise ses relais dans le monde économique et social, non sous la seule forme de la section « thématique », mais aussi en acceptant des associations temporaires autour de telle ou telle tâche, de tel ou tel projet. Notre parti doit profondément revoir sa communication, qui ne s’est pas suffisamment adaptée à l’évolution des médias et à l’essor des technologies modernes. 

Nous devons aussi développer des services pour les militants et notre base sociale, en réinventant l’éducation populaire. Surtout, il nous faut accorder toute sa place au travail d’analyse pour comprendre et anticiper les évolutions du monde et de la société, ce qui suppose de rationaliser des outils aujourd’hui dispersés et d’en créer d’autres. 

Mais notre Parti ne se modernisera pas s’il ne devient pas plus démocratique. Pour y parvenir, nous proposons de changer le mode de fonctionnement des instances de direction nationales, en redonnant au Conseil national son pouvoir d’orientation et de contrôle, en refaisant du Bureau national un lieu de débat et de décision. La transparence des travaux de ces instances sera assurée par la création d’une télévision sur Internet et la retransmission de leurs travaux. Enfin, au niveau local, nous entendons réformer les conseils fédéraux, où les grands élus siégeraient et rendraient compte, et où les secrétaires de section pourraient participer aux décisions. 

2.      Quel programme de travail pour les deux ans à venir ? 

Pour trancher les grandes orientations, nous proposons que soient organisées sept grandes conventions dans le cadre d’ateliers de l’alternative ouverts à nos partenaires et à la société civile. Elles devront impliquer les militants et déboucher sur des orientations claires et des réponses concrètes aux problèmes des Français. Elles devront aussi se nourrir de l’expérience et de la réflexion des autres partis socialistes et sociaux-démocrates dans le monde. 

2.1.      Un nouveau modèle d’Etat-Providence 

Le modèle français d’Etat-Providence soulève un problème d’efficacité et d’équité. Il doit être refondé sur des bases plus universelles et plus égalitaires. Avant de proposer de nouvelles prestations, une remise à plat d’ensemble s’impose pour mieux répondre aux attentes de la population. 

Nous devons reformuler nos objectifs et nos propositions dans l’ensemble des secteurs où la population attend une intervention publique. Logement social, hôpitaux, transports publics, etc. : rien ne doit échapper à l’analyse et à la recherche de solutions plus innovantes et plus efficaces. 

A l’opposé du discours catastrophiste et culpabilisant de la droite qui conduit une réforme comptable et aveugle de l’Etat, le Parti socialiste doit définir les ambitions du service public et les moyens d’une mise en œuvre efficace et équitable pour l’ensemble de la population et des territoires. C’est le cœur du projet socialiste qui est en jeu, à savoir notre capacité à provoquer et nourrir une énergie collective créatrice de lien social, contre la logique d’atomisation de la droite. 

2.2.      Une nouvelle croissance 

Comment retrouver des marges de manœuvre pour l’Etat ? Quels sont les leviers de la croissance ? Les socialistes doivent redéfinir leur corpus doctrinal sur ce sujet, avec pour objectif prioritaire l’économie de l’intelligence, le soutien à l’innovation et à la recherche, une réforme profonde de la formation professionnelle et une remise à plat du rôle de la puissance publique dans l’aide aux territoires fragiles et aux secteurs en difficulté. 

Mais ne commettons pas une nouvelle fois l’erreur de croire que l’efficacité gestionnaire est un but en soi : c’est à un partage plus équitable des fruits de la croissance que nous aspirons, à l’inverse de la tendance qui, depuis les années 1980, réduit la part salaires dans le revenu national. 

Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus équitable de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés. 

2.3.      La nouvelle donne écologique 

Nous devons rendre la croissance plus respectueuse de l’environnement. Au-delà des principes et des déclarations d’intention dont il a sans doute abusé, le Parti socialiste doit répondre précisément à la question que nous posent les Français : comment traiter les enjeux écologiques sans accroître davantage les inégalités et peser un peu plus sur le pouvoir d’achat? 

La gauche doit agir contre les intérêts industriels et financiers qui entretiennent le statu quo et aider les citoyens à faire face au défi écologique, avec davantage de transports collectifs, une aide à la restructuration des filières dépendantes du pétrole, et, d’une manière générale, une remise à plat de toutes ces politiques publiques conçues pendant la période d’euphorie pétrolière (urbanisme, autoroutes, etc.). 

Surtout, il faut rompre ave l’idée selon laquelle la prise en compte des impératifs environnementaux serait un frein à
la croissance. Elle doit au contraire, par la mise au point de technologie de pointes, plus propres, constituer un facteur de développement. 

2.4.      Une nouvelle démocratie 

Les citoyens en ont assez de l’unilatéral : ils aspirent à davantage d’écoute, de respect et de partage. Nos institutions sont à bout de souffle et désormais directement menacées par l’hypertrophie présidentielle et la violence de pratiques que l’on croyait d’un autre temps. 

Faute de revenir sur le principe même de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, le Parti socialiste doit engager nos institutions vers une VIème République, avec de véritables contre-pouvoirs à l’exercice du pouvoir exécutif : Parlement renforcé, justice et presse indépendantes, limitation du cumul des mandats. 

La démocratie locale doit également prendre sa part dans ces évolutions. Elle a convaincu, mais il reste à effectuer le saut décisif pour faire entrer la décentralisation dans le XXIème siècle, avec en priorité la simplification de l’empilement local et la réforme de la fiscalité locale. 

Au-delà des questions institutionnelles, le Parti socialiste doit redonner un sens aux principes républicains, contre la persistance des discriminations et contre le retour du religieux dans la vie publique. Tirons les leçons des échecs passés et ouvrons-nous à davantage de diversité pour retrouver une parole convaincante et crédible sur le sujet. 

2.5.      La liberté du destin individuel 

La possibilité d’être maître de son destin est au fondement du projet socialiste. L’éducation et la culture doivent retrouver une place centrale dans nos propositions, avec la volonté de dépasser les discours convenus et théoriques pour retrouver une action efficace dans la lutte contre les inégalités. 

La promesse républicaine de l’égalité scolaire et la démocratisation de l’accès à la culture sont autant de chantiers dont le Parti socialiste doit profondément renouveler l’analyse et les solutions. 

Par ailleurs, la gauche perdrait son âme à croire que l’aspiration de la population à davantage de sécurités est une aspiration au retour à un certain ordre moral. Le Parti socialiste doit poursuivre dans les combats pour l’émancipation et la liberté de chacun de choisir sa vie. 

2.6.      Une France au service d’un monde moins déséquilibré 

La réduction des inégalités entre le Nord et le Sud doit être notre objectif, avec trois priorités : la nécessité, pour répondre à la nouvelle donne agricole, de repenser nos propres politiques et nos aides aux pays en développement, la recherche d’un principe de loyauté dans les échanges commerciaux avec l’édiction de normes sociales et environnementales, et une meilleur prise en compte des mouvements migratoires. 

Nous devons répondre à la demande de nouvelles régulations face aux excès de la mondialisation, en commençant par le secteur bancaire, où la crise actuelle appelle l’adoption urgente de nouvelles règles. 

2.7.      Une Europe unifiée et puissante 

Le non irlandais confirme, pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, le danger que fait courir à l’Union européenne le déficit démocratique dans lequel elle ne cesse de s’enliser. Le Parti socialiste doit, avec la gauche européenne, proposer rapidement des institutions plus fédérales et plus démocratiques. Sans cela, l’objectif fondamental de l’harmonisation sociale et les avancées dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la défense, etc. relèveront du vœu pieux, quand ce n’est pas de l’hypocrisie. 

Même si cette évolution nécessite de créer un noyau restreint d’Etats déterminés à aller de l’avant vers des Etats-Unis d’Europe, le Parti socialiste doit reprendre l’initiative. Il renouera ainsi avec la culture profondément européenne qui fut longtemps la sienne.

Une Réponse à “BESOIN DE GAUCHE”

  1. le bris gilbert dit :

    oui le ps a besoin d’une simplification de son fonctionnement.
    oui le ps a besoin d’idées neuves,originales et fortes qui fassent effet « vitrine ». un exemple : pourquoi ne pas proposer la vente des participations non stratégiques de l’état (renault;france télécom;adp etc….) pour financer un « fonds souverain » dédié à l’aménagement du territoire (par maintien de services publics entre autres ) et à la justice sociale ?
    gilbert le bris , député du finistère.

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