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  • Damien CAREME

    Damien CAREME

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VERS LE NOUVEAU PARTI SOCIALISTE

Posté par toulouse2008 le 24 mai 2008

Vers le nouveau parti socialiste  Quelques mois après la défaite, l’épuisement politique, moral, programmatique et organisationnel de notre dispositif est patent. Interrogations stratégiques, troubles crées par l’ouverture, popularité insolente du nouveau Président, absence de leadership, parole inaudible : Tout semble concourir a la démoralisation militante.

Pourtant, malgré l’échec, nous ne considérons pas que le résultat du printemps dernier soit le point ultime d’une désagrégation de notre parti. Car il y eu, dans la campagne présidentielle, les premières promesses d’une rénovation possible, fragile certes, mais bien réelle : vote important des jeunes, score élevé dans les banlieues et de nombreux territoires, amorce de reconquête des votes populaires. Autant de leviers pour notre rénovation. Et sur de nombreux terrains, les coups de boutoir de notre candidate ont utilement bousculé nos certitudes établies : changements de l’école, lucidité économique, démocratie sociale, réforme institutionnelle, redéfinition d’un projet européen volontariste : nous ne sortons pas sans idées de notre défaite.

Dès lors, sans masquer l’importance du travail à engager, nous croyons qu’il est possible de refaire la gauche. Sans attendre, sans se résigner, sans trembler, avec la volonté d’aller plus loin qu’une simple rénovation. Car il est temps de redéfinir notre pensée pour l’adapter au monde d’aujourd’hui et de bâtir le nouveau parti socialiste qui portera ces orientations. Ce texte entend en proposer quelques pistes.

1 – Leçons de la défaite  1.1    - De l’importance d’une ligne Dès avant la campagne, au congrès du Mans, puis lors de l’adoption quasi unanime du projet, nous le soulignions : le problème du parti socialiste était beaucoup plus de n’avoir aucune ligne véritable que d’en avoir une qui nous aurait coûté : ainsi, durant toute la campagne, on a pu nous reprocher à la fois d’être trop à droite et… trop à gauche ! Définitivement libéraux-sociaux ou au contraire indéniablement gauchisants, mondialistes résolus ou étatistes dépassés, européistes ou souverainistes : on pouvait nous accuser de tous les maux puisque notre ligne était indéfinissable. C’est avant tout cette absence de ligne qui nous a coûté. Dès lors nous ne serons pas  de ceux qui iront chercher dans un repositionnement réaliste-centriste

la rénovation du parti socialiste, pas plus que nous ne partagerons les éternelles invitations au coup de barre à gauche des soirs de défaite. La tache principale est de redéfinir ce que doit être la ligne d’une gauche d’aujourd’hui a partir d’une analyse du monde dans lequel nous vivons, et de la remise en cause de nos moyens d’actions.

Il appartiendra à nos prochains débats de congrès de caractériser cette gauche d’aujourd’hui que nous appelons de nos vœux. Mais, d’ores et déjà, les points essentiels de notre nouvelle doctrine apparaissent clairement. Parce qu’ils seront le socle de notre rénovation, nous voudrions en souligner les deux bases :

§ Développer un rapport critique avec la mondialisation :

Le temps n’est plus à débattre sans fin de l’intérêt ou des menaces de la globalisation des échanges commerciaux et financiers mondiaux. Pendant que nous cherchons à savoir s’il faut défendre ou combattre la mondialisation, celle-ci gagne tranquillement du terrain. Pays émergeants dont la croissance, à défaut de résoudre tous les problèmes sociaux de ces mêmes pays, tire l’activité mondiale autant qu’elle l’a déstabilise ; bousculement des identités qui normalisent des comportements de consommation sur des standards planétaires (pour le meilleur ou pour le pire) tout en recroquevillant  sur elles-mêmes des identités nationales, culturelles voire cultuelles, trop brutalement déstabilisées par cette globalisation ; Croissance exponentielle et déséquilibrée des échanges financiers qui voit des pays excédentaires disposer de fonds d’état aux ressources considérables tandis que des riches économies financièrement déficitaires dépendent de plus en plus de leurs fournisseurs pour l’équilibre de leur compte ; globalisation des conséquences des déséquilibres environnementaux, climatiques et démographiques… L’urgence commande de développer des moyens d’actions nouveaux pour réguler cette libéralisation effrénée. C’est ce que nous entendons par rapport critique : ni opposition dogmatique, ni espoirs angéliques. A l’image des socialistes qui, à la fin du XIXème siècle, s’interrogant sur leur position par rapport à la République naissante, décidèrent finalement de s’y intégrer pleinement pour la faire évoluer (ce fut la synthèse Jauressienne), nous devons aujourd’hui prendre pleinement pied dans ce mouvement mais y développer de nouveaux modes d’action pour que nos idéaux puissent s’y traduirent concrètement. Cela impliquera :

- Un projet européen offensif : En s’organisant davantage et en ne cherchant plus a devenir l’avant-garde du mouvement de libération globalisée, l’Europe peut devenir l’espace de régulation qui manque à la mondialisation. Entre les pays émergeants qui prétendent s’affranchir de la régulation au nom du rattrapage et le monde anglo-saxon, pour lequel il y a toujours trop de règles et d’interférences publiques vis-à-vis du marché, l’Europe doit trouver un modèle politique et culturel plus équilibré. La remise sur pied d’un fonctionnement collectif Européen, l’organisation de noyaux moteurs dans quelques politiques clés et de nouveaux mécanismes démocratiques, sont les clés de cette réaffirmation d’une volonté européenne. C’est dans ce contexte qu’il faudra se prononcer sur la ratification du mini traité. Dans celui-ci, le renforcement des procédures intergouvernementales devra nous amener à clarifier et évaluer les chances d’un approfondissement politique de l’Union. D’évidence, le projet fédéraliste de la social-démocratie européenne devra être repensé dans le cadre délimité de pays en convergence sur un socle de valeurs démocratiques et sociales qui constituent le bien commun de plusieurs Etats-membres. 

- Un commerce international mieux régulé : Après les différents accords commerciaux de ces dernières années, doit venir le temps de la conditionnalité des nouvelles libéralisations du commerce mondial. Conditionnalité environnementale ; conditionnalité sociale ; conditionnalité anti corruption ; conditionnalité de « juste monnaie » : Tout nouvel accord multinational devra intégrer plus largement les conditions d’une durabilité du développement commercial faute de quoi les tensions protectionnistes renaîtront sur les bases nationales.

- La démocratisation des instances de régulation internationale : A l’occasion de la récente élection de DSK au FMI, on a vu l’importance de l’élargissement des pays décideurs aux économies émergentes afin de consolider le rôle et les moyens du Fonds Monétaire International. Même ambition pour l’ONU et pour un Conseil Mondial de l’Environnement doit être crée rapidement. Plus la démocratisation de ces instances sera forte, plus nous retrouverons des moyens de peser par une stratégie d’alliances appropriées.

- Une nouvelle stratégie diplomatique : Dans l’ère de la politique globalisée, la seule affirmation nationale ne peut suffire à faire changer les choses. Les stratégies d’alliances et de compromis sont indispensables. A la nouvelle droite qui confond stratégie d’alliance et intégration au bloc anglo-saxon, nous devons opposer un modèle de relations consolidées avec des partenaires dont nous partageons la vision du monde : En Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud beaucoup croient à la nécessité d’un monde qui développerait des régulations sociales, environnementales ou commerciales de la mondialisation. C’est avec ces pays que nous devons bâtir une véritable alliance pour la régulation.

§ Rebâtir le projet républicain

 Repensé dans le cadre national, le projet républicain est forcément déstabilisé par la mondialisation des enjeux politiques et des décisions. Mais l’approfondissement des problèmes sociaux, la crise financière des services publics, les difficultés d’intégration des migrants et un rapport plus distancé des individus au collectif sont tout autant responsables de la dilution de ce projet Républicain. Hier, la République protégeait ; elle organisait la promotion sociale des individus, des classes sociales et des générations. L’ensemble des droits et des devoirs qu’elle édictait traçait le cadre du vivre ensemble et définissait au moins en partie l’identité nationale. Aujourd’hui, elle est contestée dans toutes ses fonctions. Qu’il s’agisse de ses résultats concrets (quelle protection ? quelle promotion ?) voire, sous l’influence de l’offensive idéologique de la droite, dans sa légitimité même (tentative de déléguer la protection des individus aux communautés, leur protection sociale à l’assurance individuelle et la promotion au mérite individuel opposé à l’action émancipatrice des services publics ses bases remises en cause). De même, penser à l’ère du développement industriel du pays et renforcé lors des 30 glorieuses, le projet Républicain ne s’est jamais véritablement construit en pensant sa pérennité économique et financière. A l’ère de la croissance économique durablement faible, des conséquences financières de ce ralentissement pour les services publics et de l’interrogation même sur le mode de croissance à venir face à la crise environnementale, le projet Républicain semble pris de vertiges. Rebâtir notre projet Républicain impliquera donc des nombreuses remises en causes de nos conceptions d’aujourd’hui :

 - Définir une nouvelle stratégie économique pour garantir les bases de la croissance : Innovation, Recherche, développement d’un maillage serré de PME/PMI auxquelles on donnera les moyens de leur émergence et de leur croissance ; stratégie de filières technologiques sur les créneaux de croissance de demain ; articulation de l’action nationale et européenne ; valorisation de l’ « Or vert » agricole ; Toutes ces actions indispensables ne peuvent être mises en œuvre sans être engagées dans une stratégie de moyen terme. C’est la raison pour laquelle une mission du développement stratégique industriel du pays doit être mise en place sur les malheureux décombres du Plan, détruit par les gouvernements de droite. A partir de cette projection dans l’avenir, des actions d’émergence doivent être définies et engagées, leur financement pouvant largement s’appuyer sur la transformation d’aides directes aux grandes entreprises aujourd’hui passives et bien souvent utilisées comme effet d’aubaine.

- Multiplier les possibilités d’éducation, de qualification et de formation pour tous : L’école et la formation restent les outils privilégiés  d’une plus grande égalité réelle. Mais les coupes budgétaires successives et la rigidité d’un système bloqué malgré les efforts des enseignants ont rendu plus difficile la réussite scolaire et le développement de qualification de haut niveau. De nombreuses réformes s’imposeront, tant dans l’organisation du système que des moyens à donner à l’école et à l’université pour tous.

- Consolider par la réforme négociée notre pacte social et engager la définition d’un véritable pacte territorial : En laissant, sous contrainte financière, notre système de protection santé, famille et vieillesse rogné petit à petit, notre pays précarise la clé de voûte de notre République sociale. Le temps est venu d’un véritable débat national, participatif, qui refonde globalement notre pacte social, redéfinisse les charges et droits entre génération, entre capital et travail, entre les citoyens et la puissance publique. A la méthode de réforme partielle, brutale et parcellisée de la droite, nous devons opposer la démarche d’un nouveau pacte fondateur. Ce pacte social devra être élargi aux territoires, quartiers ou départements étouffés par les problèmes économiques et sociaux et qui décrochent de la marche de la société.

- Approfondir notre construction démocratique : La dérive institutionnelle née de l’usage par N. Sarkozy de la Vème République rend plus urgente que jamais la réflexion globale sur les institutions. Mais bien d’autres causes poussent à cette réflexion : méfiance des citoyens vis-à-vis de la politique que toutes les enquêtes d’opinion démontrent ; volonté sans issue des individus – citoyens de s’intégrer à des processus de décision participative ; faiblesse structurelle de la démocratie sociale ; complexité des décentralisations successives ; émergence sans régulation véritable d’un pouvoir médiatique livré aux intérêts des plus grands acteurs économiques ; carence de l’Etat de droit avec une justice et une police débordées. La gauche ne peut exister et agir dans cet état d’insuffisance démocratique. Son projet, c’est d’abord et avant tout par la démocratie qu’il se développe. Au cœur de notre refondation Républicaine, devra donc figurer notre conception renouvelée de la démocratie (proposition cf infra…)

1.2 - Redéfinir notre vision des  programmes

Puisque, de fait, nous avions renoncé à la définition d’une ligne globale qui aurait donné un sens à notre campagne présidentielle, nous condamnant aussi au pragmatisme pur et dur, au moins aurions nous pu travailler à l’élaboration d’un programme performant. La façon dont les propositions élaborées avant l’élection par le PS ont volé en éclats sous les coups de boutoir de Nicolas Sarkozy et de la réalité en dit long sur notre impréparation collective.  Malgré des propositions audacieuses sur de nombreux sujets (carte scolaire, logement, environnement…) Ségolène Royale ne pu, à elle seule, combler nos nombreuses lacunes. Comment a-t-on pu en arriver là ? L’explication principale tient au retard pris dans l’analyse de la réalité des problèmes économiques et financiers de notre pays depuis au moins 5 ans.

Sur toutes les grandes questions, la plateforme de 2007 ressemblait curieusement à celle de 2002 : extension des 35 heures, limitation du travail précaire, retour à la retraite à 60 ans, encadrement des licenciements économiques, renforcement des grands services publics de l’Etat (Education, Police, Justice…) hausse des salaires et du SMIC, augmentation des prélèvements sur le capital : A croire que la situation économique de 2007 était identique à celle de 2002.

Parce qu’elle refusait d’affronter la question des déficits budgétaires et financiers, notre plateforme ressemblait beaucoup plus à la méthode Coué qu’à un programme de gouvernement crédible. Le toujours plus social faisait craindre le toujours plus fiscal, renforçant l’image d’une gauche conservatrice finançant ses largesses à crédit. Des propositions courages en matière de réforme fiscale ou de maîtrise des déficits auraient pu donner à notre volonté sociale une réalité. Faute de ce minimum de réalisme, nos propositions perdaient toute crédibilité.

D’autant plus que, sans que nous l’ayons suffisamment perçu, des changements profonds dans la société remettaient en cause notre vision du progrès social. Par tradition, et par culture politique, la gauche croit aux réformes globales qui touchent de manière indifférenciée des catégories entières de la population. Depuis 1936, elle est persuadée que tout exercice gouvernemental doit être caractérisé par ce type de mesures : congés payés, retraite à 60 ans, 35 heures, emplois jeunes : chaque exercice de préparation programmatique est un concours d’idées autour de la proposition emblématique qui caractérisera l’ensemble de notre projet. Pour cette élection on s’est contenté du SMIC à 1 500 €, faute de mieux. Mais, outre que des évaluations ont très vite montré que cet engagement serait réalisé mécaniquement dans quelques 3 – 4 ans, ce type de proposition créait beaucoup plus de problèmes qu’il n’en résolvait. Il donnait le sentiment qu’une fois de plus nous ne nous préoccupions que des plus fragiles des salariés, laissant de côté une grande partie des couches moyennes salariées. Plus grave, il montrait que nous en étions restés à une vision du social globalisant, c’est-à-dire une vision du progrès social résultant d’une proposition décidée d’en haut qui, comme par enchantement, apporterait naturellement le bien-être aux salariés. Dans la vision traditionnelle que nous avions d’une société  de classes homogènes et larges cette conception pouvait se comprendre. Mais cette société est morte il y a bien longtemps. Sur ses décombres est née une société dissociée, faite d’une multitude de groupes sociaux entremêlés, définis principalement par le partage d’une même position dans un monde du travail éclaté et parcellisé ou dans la sphère sociale. Face à cet éclatement du social, une nouvelle stratégie de réforme sociale s’impose. Elle interdit l’affirmation répétitive d’une proposition vainement englobante pas plus qu’elle ne peut se satisfaire du recours systématique à la négociation, sésame propositionnel sensé masquer notre vertige devant ce nouveau social insaisissable. Notre stratégie d’intervention sociale doit être repensée en fonction d’objectifs précis et ciblés, l’effort doit porter sur la mise en œuvre de ceux-ci à partir d’objectifs quantifiés et une évaluation systématisée doit vérifier l’efficacité des nouvelles politiques publiques engagées. Changement essentiel dans nos façons de faire, cette attitude de pilotage fin de la réforme sera désormais la condition de notre crédibilité en matière sociale. C’est peu dire qu’entre 2002 et 2007 nous ne nous y sommes pas préparés.

Facteur aggravant, nous en sommes restés à notre penchant naturel : la préparation d’un programme en vase clos. Dans le travail programmatique engagé par le parti socialiste après le congrès du Mans, ne manquait qu’un acteur : la société. Enfermés dans notre bocal et sacrifiant abondamment à nos privates joutes, nous avons tenu éloigné de nos débats tous ceux qui pouvaient, par leur expérience, leur compétence ou leur poids y apporter du neuf et de l’efficience.

Pourtant ces dernières années de nombreux acteurs ont émergé de l’éclatement du social : intermittents du spectacle, génération précaire, mouvement des chercheurs, syndicalistes de terrain aux premières loges des mutations du tissu économique et industriel, mobilisation pour les sans logis. Comme si ces acteurs écrivaient une autre histoire que celle à laquelle nous travaillons, nous les avons observé avec méfiance et grande prudence tandis que nous ressassions nos mêmes certitudes. Rien d’étonnant à ce que notre programme collectif à peine adopté, il n’ait été réduit à une peau de chagrin tandis que notre candidate, en mettant l’accent sur des propositions nouvelles portées par ces mêmes acteurs su créer dans un premier temps, une véritable dynamique. Pour être durable, cette démarche aurait du être portée collectivement. Entre une candidate qui ouvrait et un parti qui se barricadait, les contradictions ont eu raison de ce frémissement. L’ouverture d’un dialogue profond avec les forces du changement dans la société reste pourtant la condition d’un renouveau.

1.3 - Repenser notre rapport à l’élection présidentielle

Au vu de la répétition de nos échecs, c’est une question que nous ne pouvons plus éviter désormais.

Depuis 1962, chaque élection présidentielle est un échec pour le Parti socialiste. Battu sept fois sur neuf, il ne doit qu’à François Mitterrand d’avoir emporté une élection qui semble avoir été conçue pour lui échapper.

La personnalisation de l’enjeu et, depuis peu la pipolisation du débat, sont d’autant plus éloignés des traditions du PS que celui-ci, parlementaire de culture, s’est construit contre la logique de la Ve République. Il prétend choisir souverainement son candidat, sans pression de l’opinion, élaborer librement son projet et négocier des alliances en fonction des rapports de force du moment, transposant dans la République d’aujourd’hui une culture et des mœurs politiques nés sous la IIIe République parlementaire. Parce qu’en 1971 il a rebâti le Parti socialiste sur un mode charismatique, François Mitterrand a pu dépasser cet atavisme. Sitôt disparu, les gênes ont repris le dessus : représentation proportionnelle en interne de courants plus soucieux de se disputer des parts de marché idéologiques que de fédérer autour d’un projet commun, ce qui rappelle les modes de cohabitation des sept sensibilités socialistes qui, en 1905, constituèrent la Ire SFIO ; unité  qui ne s’exprime que dans l’opposition au pouvoir (et encore !), défiance à l’égard du candidat investi, placé sous surveillance de l’observation stricte de la ligne du parti. Avec de tels fers aux pieds, le plus agile des candidats présidentiels est condamné d’avance : impossible unité, conflits programmatiques et organisationnels récurrents entre le candidat et le parti, difficulté à assumer collectivement un projet décomplexé de gouvernement. Défaite de 2002, défaite de 2007 ? Frère et sœur.

Voila pourquoi s’en tenir à une rénovation pragmatique du Parti socialiste, pourtant revendiquée à l’unisson, c’est consolider la machine à perdre. Car la seule rénovation de la plateforme programmatique, la redéfinition d’une ligne politique claire, la génuflexion devant les « réalités du marché », de la mondialisation et de l’individualisation seront vaines tant que n’aura pas été tranchée la question de l’adaptation même  du Parti socialiste la Vème république présidentielle. Autant que d’un déficit idéologique, ce dont souffre le PS c’est d’un travers ontologique qui le rend inapte à agir dans un système politique fondé sur le présidentialisme. Celui-ci ne changera pas véritablement de nature après les travaux du comité Balladur et le problème restera entier d’un régime diminué par l’irresponsabilité totale de son chef. Tout en continuant à penser l’évolution indispensable de ce régime, il faut donc s’adapter à ses règles actuelles. Pour cela, un réarmement d’envergure sur la question démocratique est indispensable. Désormais, le P.S devra intégrer dans sa stratégie présidentielle l’acquis construit sur une nouvelle séparation des pouvoirs conforme au patrimoine constitutionnel des Etats-membres de l’Union Européenne. 

Pour avoir une chance de remporter une élection présidentielle, le Parti socialiste devra donc repenser son rôle et adapter son fonctionnement à cette réalité.

2 – Refaire la gauche         

Parce que nous croyons que les causes de la défaite sont profondes, nous plaidons pour une stratégie de refondation de la gauche par sa redéfinition : cette stratégie ne signifie pas que les traditions qui ont forgé le socialisme soient à bannir, au contraire. Mais c’est toute une histoire qui est à repenser et notre projet d’émancipation sociale et de communauté politique est à refonder. Il y faut une méthode, elle est dans ce paradoxe historique : le socialisme, né de la question sociale au XIX° siècle est rattrapée par elle au début du XXI° siècle. Voilà pourquoi il faut partir des changements qui ont affecté la nature même du capitalisme tout en tenant compte des spécificités du socialisme français.

2.1Quel capitalisme ?  Retenons l’essentiel : le nouveau capitalisme n’est plus seulement industriel. Intégrant toujours plus de technologie sous pression financière, il fait désormais une large place à l’immatériel dans tous les secteurs de l’activité économique traditionnelle. Depuis 20 ans, l’investissement immatériel a dépassé celui des équipements matériels. Parmi ces investissements, tous ceux qui concourent à la capacité d’innovation jouent un rôle essentiel pour la croissance économique et la compétitivité. Dès lors, pour tout acteur économique  la capacité de capter  ces capacités d’innovation devient un élément stratégique. Ce nouveau capitalisme, appelons le capitalisme des connaissances, n’a que peu de rapports avec le capitalisme industriel du 20ème siècle. Dans l’entreprise, afin de maximiser la captation des potentiels d’innovation, il détruit les modes d’organisation hiérarchisés, encourage les structures en réseaux dans et hors les murs et encourage l’individualisation du travail. Mais son champ d’action ne se limite plus à l’entreprise. Car la valorisation de tous les savoirs, usages et pratiques dans la société représente aussi des potentiels d’innovation « gratuits » qui peuvent augmenter la productivité (l’effet cluster ou le style banlieue recyclé dans l’industrie du vêtement, par exemple…). Dès lors, en cherchant à maximiser tout potentiel d’innovation dans et hors l’entreprise, ce capitalisme des connaissances remet en cause les visions traditionnelles de l’accumulation de la plus value que nous avons pour l’essentiel bâtie à partir du capital industriel. Il oblige a repenser le travail, en accordant beaucoup plus de place a son contenu concret (dans ce capitalisme le travail de nombre de salariés peut n’être pas spontanément vécu comme aliénant) la fiscalité (l’entreprise  ne pouvant valoriser des savoirs sociétaux tout en réclamant des baisses d’impôts sur ses résultats), la relation travail-salaire (le « travail » de la société n’étant pas rémunéré, comment peut-il l’être ?), la puissance publique (contestée culturellement par le développement de la production en réseaux) les droits de propriété (qui finalement sont une limitation des capacités d’innovation collective) la concurrence (qui démultiplie le potentiel d’innovation) bref, bon nombre de nos conceptions séculaires. D’autres changements induits par le nouveau capitalisme nous sont mieux connus notamment le bouleversement des anciens rapports entre le travail et le capital (en rémunérant toujours plus le capital difficile à taxer car bien plus mobile et immatériel que le travail par ailleurs parcellisé ; en désarticulant les stratégies financières multinationales et la fragmentation localisée de la production réelle ; en dissociant les intérêts des firmes de ceux des Etats et des organisations collectives de salariés.) D’évidence, la social-démocratie ne peut plus s’en tenir à ses réponses traditionnelles, celles des politiques de protection sociale corrélées à des situations stables ou à des statuts professionnels particuliers. Elle doit garantir des parcours, aider à prévenir les risques sociaux dans des conditions équitables, prendre en compte la responsabilité des individus dans une société du risque. Elle doit garder le cap sur l’émancipation et donc partir des transformations sociales de l’économie plus segmentée, plus individualisée. De nouvelles formes d’aliénation et de souffrance sont apparues  avec de nouvelles possibilités de développement personnel. Les réformes ne dépendent pas seulement d’un changement des  règles par la loi mais d’une extension du capital social des individus et tout spécialement des plus démunis. Il y aurait danger à considérer que tout progrès de l’individualisme est un point marqué par le capital et que l’extension des libertés ne vaut que pour les capitalistes. Le socialisme c’est, dés ses origines, l’émancipation de l’individu du plus grand nombre possible de ses aliénations. Comme le disait le grand antifasciste et socialiste italien Carlo Rosselli « le socialisme c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ». La capacité d’éducation, l’indemnisation du chômage, la réinsertion, tout ce qui est lié aux problèmes spécifiques des individus est devenu central. Dans des sociétés où grandit l’individualisation des préférences, il faut repenser la demande collective de justice, l’égalité d’accès aux services collectifs, la définition de nouveaux biens publics et les règles de leur  propriété (la brevetabilité du vivant), la promotion de nouveaux services publics (de la formation, du logement, de la ville…). Il faut réfléchir aux conséquences de « la complication changeante et de la transformation perpétuelle de la propriété » comme Blum déjà le demandait en 1901. Il faut imaginer des modes de contrôle de la politique par les citoyens, revoir les institutions qui produisent  un système oligarchique,   créer des procédures démocratiques qui soient autant de contraintes efficaces sur l’économie. Ce programme ne sera jamais l’affaire d’experts ou de professionnels de la politique. Il passe par les partis socialistes tels qu’ils sont et donc par leur transformation. Nous proposons d’engager dès à présent ce grand chantier de réflexion par la mise en place d’un laboratoire de réflexion politique, ouvert sur la société.   

2.2Réorienter Au-delà d’une vision globale des conditions d’intervention de la gauche dans le nouveau capitalisme apparaissent d’ores et déjà quelques points clés de ce que devra être notre réorientation programmatique.La révolution écologique :

Un certain nombre d’évènements considérables va révolutionner tous les comportements, que ce soit celui du consommateur, du producteur agricole ou même du citoyen. Des ménages aux industries en passant par les exploitations agricoles, tout, à brève échéance, sera impacté par la nouvelle donne environnementale. Question démographique – nous serons bientôt 9 milliards à la table de l’humanité en 2050 – et question climatique se conjuguent aujourd’hui pour bâtir un nouvel horizon politique. Depuis des décennies, l’économie a puisé sans limite et sans aucun frein dans les ressources de la planète, Hubert Védrine parle à juste titre « d’économie suicidaire ». Cette économie nous mène à la mort collective. Voilà pourquoi les socialistes doivent investir pleinement ce sujet qui est un projet de réponse régulatrice à la mondialisation. La tâche est immense : Nous aurons notamment à réorganiser la solidarité à l’intérieur de l’humanité, réduire drastiquement nos émissions de gaz carbonique, revoir les conditions de localisation des productions pour mettre un terme aux contrats environnementaux de la logistique dérégulée au plan mondial. Pour la première fois dans l’histoire politique, l’impératif moral écologique sera plus fort que la force des marchés où, à tout le moins, devra l’être. C’est un élément radicalement nouveau qui renforcera la position de ceux qui pensent indispensable la régulation des marchés. C’est pourquoi, nous devons investir pleinement ces sujets et en faire la clé politique de l’évolution de nos choix profonds.

La montée des devoirs individuels :

La mode est à l’individu, et à l’individualisation de ses droits : soit. Depuis Jaurès, les socialistes croient à l’individu, à son émancipation et à partir d’effort de relecture de notre histoire, il ne sera pas difficile de le rappeler. Mais, dès lors que nous avançons vers les enjeux politiques nouveaux, celui de la révolution écologique en est un bon exemple, apparaît la question de la responsabilité et des devoirs individuels. Dès lors que le modèle de développement doit évoluer, la quantité de devoirs individuels pesant sur chaque citoyen devient une question clé. Le civisme doit changer de nature, il doit être un élément de notre mutation accélérée. Certains choix aujourd’hui considérés comme relevant exclusivement de la vie privée devront supporter un regard public, qu’il s’agisse de comportements de consommation, sociaux ou environnementaux. Nous devons nous réapproprier la part de responsabilité individuelle et la mettre en rapport avec la quantité d’intérêt général que nous voulons assumer ensemble. Au-delà des questions écologiques, cette démarche doit s’appliquer à plusieurs grands choix collectifs parmi lesquels la question des systèmes sociaux, celle des inégalités comme celle du fonctionnement des services publics.

Une nouvelle conception de l’Etat :

L’Etat, est notre bras armé, c’est l’outil du volontarisme. Quand il n’est pas efficace, il se retourne contre nous et contre ses fonctionnaires. Là encore, nous devons remettre en question un certain nombre de conceptions. Pour nous, par principe, l’intervention de l’Etat est légitime et son efficacité préposée. Nous passons plus de temps à inventorier les domaines dans lesquels l’intervention publique devrait s’employer qu’à nous interroger sur les résultats concrets de son intervention. Cet à priori de légitimité n’est pourtant que de l’ordre du discours. Dans une période de difficultés financières récurrentes de l’Etat et des puissances publiques territoriales, chacun sait que ce discours n’est pas tenable : résultat : derrière les déclarations, sous l’emprise de la nécessité, il nous est arrivé de concéder des privatisations sans autre raison que financières, que cela soit au niveau national comme au niveau local. Qu’il faille évoluer dans notre conception du périmètre de l’action publique, soit. Mais que cela se fasse à l’issue d’une réflexion, après analyse des secteurs dans lesquels l’action de l’Etat est légitime ou  le marché plus efficace, que soient aussi évalués les résultats concrets de ses interventions. Bref, que nous bâtissions l’Etat efficient dont le périmètre sera peut être moins large qu’aujourd’hui mais les actions plus fortes. C’est la meilleure façon de valoriser le travail des fonctionnaires que de se préoccuper de l’organisation globale dans laquelle ils effectuent leurs missions. Belle perspective de réforme authentique que celle qui visera à s’attaquer frontalement aux procédures bureaucratiques entremêlées, aux superpositions des compétences entre les différentes strates de décisions publiques et à soumettre à l’examen indépendant les façons de mettre en œuvre nos choix et décisions politiques.

  Le nouvel âge démocratique

La nouvelle donne politique doit nécessairement s’accompagner d’un nouvel âge démocratique. Nous avons été les promoteurs de la VI République. C’était un outil comme, dans l’histoire industrielle, le fut la naissance de la République comme espace de mise en œuvre de compromis sociaux. La question de ce nouvel âge démocratique renvoie nécessairement aux régulations nouvelles, à l’exigence de responsabilité individuelle et à la redéfinition de l’action publique. On ne peut plus faire des lois décidées d’en haut et les faire tomber sur une société qui refuse les potions amères d’un pouvoir isolé et accablé par l’excès d’enfermement. Ce qui était déjà vrai depuis 1958 le sera plus  encore après l’hyperprésidence de N. Sarkozy. Pour cela, il nous faudra ajuster et améliorer notre projet de VI République. Car, puisqu’elle est durablement installée, la toute puissance présidentielle implique une pensée renouvelée des contres pouvoirs.

Les socialistes partagent la même vision de la valorisation du rôle parlementaire et de l’indépendance de la justice. Mais, pour ce qui est de l’indépendance véritable des médias, de la création d’autorités indépendantes d’évaluation des politiques publiques et l’utilité de la concurrence pour endiguer la toute puissance de certains monopoles, il reste un important travail à engager : notre VI République sera forte de l’ensemble de ses dispositions nouvelles. Soucieux d’une plus large participation des citoyens à la vie de leur pays, notre VI République sera d’abord et avant tout celle du développement des contres pouvoirs rendus indispensable par l’effet de concentration des pouvoirs du Président, du fait des logiques cumulatives du quinquennat et de la médiatisation.

2.3 – Pour un nouveau parti socialiste  Rééquilibrer l’architecture institutionnelle ne devra pas nous dispenser d’adapter notre parti  à la présidentialisation renforcée de la Vème République. Cette démarche implique une réforme profonde, le parti socialiste intégrant pleinement la logique de l’élection présidentielle et se redéfinissant à partir de cette élection, pour n’être plus prisonnier dans son organisation comme dans son fonctionnement du processus de désignation. Il confie à des élections  primaires à l’italienne, c’est-à-dire rassemblant les électeurs d’une coalition de partis, le soin de désigner le candidat à l’élection présidentielle. N’ayant plus à investir lui-même le candidat, ni à arrêter son programme définitif dont la finalisation dépendra des arbitrages de la coalition, le Parti socialiste se redéfinit à partir de fonctions nouvelles : il se dote d’outils pour s’ancrer davantage dans la société à partir d’une  force militante renouvelée (organisation de ses relais dans le monde économique et les services publics ; départements  entreprise et services publics ; réappropriation de la coordination de ses élus locaux ; développement des liens avec les acteurs associatifs…) ; travaille à penser les évolutions de la société à moyen terme en créant un outil de réflexion ambitieux ; développe des services pour ses militants et sa base sociale (assurances, mutuelles…), voire constitue un fonds de placement social lui permettant de prendre des participations financières minoritaires pour contribuer à des objectifs précis (pluralisme dans les médias, émergence de nouvelles formes économiques…). À côté de ces missions nouvelles, il continue bien sûr à définir les orientations et investir les candidats pour les élections locales et législatives. Reprécisant aussi en profondeur son rôle et ses moyens d’actions, le parti socialiste peut donner des motivations nouvelles à l’action militante et devenir durablement le pôle qui tirera  l’ensemble de la gauche vers les succès. C’est la voie à laquelle nous croyons. Réincarner l’esprit de réforme dans la société implique d’abord de se l’appliquer à soi-même. Il n’est  pas tâche plus urgente que  de bâtir un nouveau parti socialiste pleinement adapté aux institutions de son temps. Nouveau capitalisme, social, démocratie, écologie, Etat, mondialisation. Peu à peu, pierre après pierre, se dessine un visage du socialisme nouveau, différent, qui mute, qui se transforme sous nos yeux. Il synthétise tous les apports de la pensée politique de gauche : l’écologie, l’altermondialisme, la social-démocratie également, la tradition politique du socialisme français. Il redéfinit un grand nombre de choix sans jamais trahir les valeurs. C’était l’esprit initial du NPS. Enracinés dans nos valeurs, modernisant nos positions, c’est ce que nous devons poursuivre avec une reprise de l’effort toujours ininterrompu car le monde change à une vitesse accélérée, tellement les rénovateurs ont le devoir de changer eux-mêmes avec lui.

C’est une vision de l’histoire, de la planète, de l’humanité. C’est une vision de la civilisation Le partage et l’obligation que les êtres humains ont de se donner la main et de décider ensemble la façon de partager, ou de restreindre ou de se contraindre eux-mêmes. C’est une vision extraordinairement humaniste comme le socialisme, disait Jaurès, était un humanisme. Car il consiste à dire que nous maîtrisons nos destinées, que nous sommes ensemble, les copropriétaires de notre avenir. C’est une force considérable que nous devons imposer à l’agenda de la rénovation socialiste. La réévaluation des outils qui sont les nôtres, la réévaluation de la place de l’individu dans le dispositif collectif, ces réévaluations là sont fondamentales. Et ce sont toujours derrière, en plus de ce rêve, de ces valeurs, des propositions concrètes pour e pays. C’est ainsi que nous forgerons une offre politique nouvelle pour le pays, peu à peu et le plus rapidement possible. Il n’y a pas tâche plus urgente pour tous les socialistes que de se rassembler et, au-delà des clivages dépassés de ces dernières années que de travailler à cette perspective.

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