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La démondialisation s’impose dans le débat politique
La sortie du nouveau livre d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, suscite
des réactions dans la presse et sur la scène politique. Alain Minc,
ardent défenseur de la globalisation sans limite, ou encore
Jean-François Copé, complice d’un gouvernement qui n’a rien fait pour
lutter contre les délocalisations et le déclassement, ont déjà critiqué
vigoureusement ce projet, allant même jusqu’aux insultes en ce qui
concerne le premier. Ces réactions sont la preuve que la
démondialisation s’impose dans le débat publique. Portons ce projet haut
et fort pour enfin faire entrer la gauche dans le XXIe siècle!
Retrouvez ci-dessous la dépêche de l’AFP faisant suite à la sortie du livre
Montebourg (PS) publie un manifeste contre la mondialisation

PARIS, 31 mai 2011 (AFP) -- Candidat déclaré à la primaire PS, Arnaud
Montebourg publie mercredi un livret-manifeste contre la mondialisation,
qui est selon lui « une escroquerie », un « système extrémiste et
inhumain », et à laquelle il oppose un « projet de démondialisation ».
« La démondialisation a pour objectif de lutter contre notre
impuissance face à la violence de l’économie », assure le député de
Saône-et-Loire qui propose des « solutions » pour « lutter contre
l’appauvrissement collectif et individuel », dans ce livret de 96 pages.
Le succès de « Indignez-vous » de Stéphane Hessel a-t-il inspiré le
fougueux avocat? Aux ouvriers, agriculteurs ou chômeurs, il lance: « Vous
tous, sans le savoir, êtes unis à cause d’un même problème la
mondialisation, une escroquerie que vos dirigeants vous ont infligée
pendant vingt ans et qui s’est retournée contre vous ».
Ce système « perdant » est « devenu l’ennemi des peuples », pour « tous
les travailleurs » de la planète, qui deviennent « des chômeurs au Nord et
des esclaves au Sud ».
Les pertes « liées aux délocalisations représenteraient environ 4% de
la population active », « presque la moitié du chômage actuel », assure
l’économiste Jacques Sapir cité par M. Montebourg.
Celui-ci se dit « candidat à la transformation de ce système » et
plaide pour un « nouveau protectionnisme, créatif, moderne, dépoussiéré »,
un protectionnisme européen à la fois vert et social ». Et fait 17
propositions en ce sens.
Pour l’essayiste Emmanuel Todd, Arnaud Montebourg « affronte les vrais
problèmes (…) bien loin du robinet d’eau tiède qui a fait tant de mal
à la gauche ».
A l’inverse, Alain Minc ironise sur Nonfiction.fr sur ce « pauvre
Montebourg », et cette « formidable » « croisade qui commence à
Chalon-sur-Saône et ne peut que se finir triomphante à Pékin ». Il juge
« très sympathique ce que dit Montebourg, mais qu’il aille convaincre les
400 millions de Chinois pour qui la mondialisation fabrique leur entrée
dans la classe moyenne! ».
« Si les socialistes vont uniquement sur ce terrain là, ils ne
connaîtront que l’opposition ! (…) Penser qu’il y a un monde
alternatif, foutaise, foutaise ! », lance-t-il.
« Les injures de M. Minc constituent un encouragement de premier ordre
à poursuivre le combat pour la démondialisation », a riposté dans un
communiqué M. Montebourg menaçant de poursuites cet « idéologue rémunéré
du CAC 40″.
(Arnaud Montebourg, « Votez pour la démondialisation! », Flammarion, 96 pages, 2 euros)
cp/mad/bg
Dans une article paru ce 28 avril dans Marianne 2, Philippe Cohen revient sur la campagne d’Arnaud Montebourg, en course pour les primaires socialistes. Le projet de transformation défendu par notre candidat ne manque pas de faire souffler un vent nouveau sur le PS. La rénovation prônée par Arnaud Montebourg depuis plus de 10 ans commencerait-elle à porter ses fruits ?
Primaires PS : Montebourg, un peu d’air frais ?
Arnaud Montebourg consulte et rallie des intellectuels, rassemble ses réseaux et s’arme sur le Net en vue de la bataille des primaires socialistes qui débutera le 16 juillet. Il mise sur la radicalité et la singularité de son projet face à deux candidats mainstream, François Hollande et DSK, que peu de choses différencieront en dehors des performances respectives de leurs régimes amaigrissants.
Pour la fusée Montebourg, le compte à rebours a commencé. Jour après jour, le député de la Saône et Loire peaufine son dispositif pour les primaires socialistes qui démarreront le 16 juillet pour s’achever par les scrutins des 9 et 16 octobre.
Arnaud Montebourg n’a pas beaucoup d’illusions sur un Parti socialiste qui, muet sur la mondialisation depuis des années, a offert tout un électorat populaire sur un plateau d’argent à Marine Le Pen. « Si la gauche ne gagne pas en 2012, le PS éclatera. », lance-t-il, songeur mais on ne sent pas que cette hypothèse le ravit. Le PS vu de sa fenêtre ? Une machine à broyer l’innovation et le renouveau des idées. Une machine qui tend irrésistiblement à couper du peuple l’électorat du PS, quitte à le rétrécir toujours davantage. « Aux lecteurs du Monde ? » plaisante-t-il avec un sourire doux-amer. Une machine qui a failli le tuer lui-même lorsqu’il a tenté de faire des compromis, avec Ségolène Royal puis avec Martine Aubry. Il en a récolté une image de jeune politicien tacticien prompt aux compromis utiles à sa carrière.
Un malentendu, explique-t-il aujourd’hui. Après avoir rassemblé la gauche du non au TCE (48% au référendum interne de 2004 tout de même), il a été abandonné par ses alliés (Vincent Peillon notamment) au Congrès du Mans de 2005, ce qui a abouti à la dilution de son courant NPS (Nouveau parti socialiste), les statuts ne lui permettant plus de disposer des parrainages suffisants pour maintenir son courant. Il a cru bon ensuite de bâtir une alliance avec Ségolène Royal, qui a ensuite piétiné ses deux exigences -- la lutte contre la mondialisation et la VI° République -. Montebourg insiste sur le fait que sa ligne n’a pas varié, comme s’il tenait absolument à démontrer une constance et une pugnacité qu’il n’a pas toujours su manifester dans le passé.
Mais comme tout challenger -- c’est bien la moindre des choses -- Arnaud Montebourg croit aujourd’hui en ses chances. Son premier atout est d’être le seul candidat de rupture à gauche. Partisan de la démondialisation et d’un « protectionnisme vert », son credo lui parait aujourd’hui en effet le seul opposable à gauche à celui de Marine Le Pen. Il pense incarner le seul programme d’alternative au sein d’une gauche dont l’image est de plus en plus gestionnaire, en décalage avec des classes populaires et moyennes affolées par la mondialisation.
Le vote utile va s’imposer à gauche
La synthèse entre l’écologie et le protectionnisme, qu’il a explicitée sur 300 pages dans son livre Des idées et des rêves (1), était plutôt inattendue. On aime bien Gramsci et son hégémonie culturelle du côté de chez Montebourg et le contexte sert ladite synthèse : la désindustrialisation de la France sera l’un des thèmes forts de la campagne 2012; et, adoubé par les enjeux de l’écologie, le protectionnisme gagne plus facilement une vraie légitimité parmi les intellectuels et les classes moyennes. Quand au peuple français, chacun sait que, dès qu’on lui pose la question, il se prononce à une écrasante majorité pour la protection, toutes les études en témoignent. Mais le peuple votera-t-il aux primaires ?
Une chose est sûre : sur ce terrain, le positionnement de Montebourg est singulier et son directeur de cabinet, Gaël Brustier, un ancien du Mouvement des citoyens, auteur de livres salués dans ces colonnes (2), se réjouit de voir la bonne humeur s’installer entre jeunes chevènementistes et ex-militants du pôle écologique du PS qui s’apprêtent à animer la campagne des primaires.
Qui d’autre en effet ? Jean-Luc Mélenchon ne mord pas sur l’électorat populaire, du moins selon les sondages. Son allié communiste aussi discret que pesant, le contraint à ne pas trop s’écarter d’une ligne politiquement correcte, façon « Good bye Lénine » de la social-démocratie. Il ne parlera ni de sécurité ni d’immigration sauf pour défendre les sans-papiers, et on a vu qu’il était passablement gêné aux entournures sur l’euro. En outre, que deviendront les candidatures écolo et Front de Gauche lorsque la gauche tétanisée par le risque d’une élimination au premier tour, sonnera le tocsin de la lutte anti-Le Pen ?
En réalité, selon les calculs d’Arnaud Montebourg, les primaires socialistes seront le seul vrai débat de l’élection présidentielle. Nous vivrons ensuite une campagne à trois forces centrifuges -- UMP, PS, FN -- qui lamineront tout le champ politique. Plus encore qu’en 2007 où l’on sentait bien l’affaiblissement du Front national, le vote utile s’imposera à gauche. D’ailleurs, des primaires ouvertes à toute la gauche définiraient, en pointillés, selon lui, les contours d’un grand parti de gauche.
La gauche du PS, -- Henri Emmanuelli et Benoît Hamon -- est encalminée par son alliance avec Martine Aubry, laquelle est pieds et poings liés avec DSK. Pour le staff de Montebourg, l’affaire est pliée : la première secrétaire du PS ne pourra pas rompre le pacte dit de Marrakech, car son maintien contre DSK ferait le jeu de François Hollande, en divisant par deux l’actuelle majorité. En confirmant son ralliement, le maire de Lille gagnerait son ticket pour Matignon en cas de victoire de DSK, alors qu’elle perdrait sa majorité au PS en ferraillant avec l’homme du FMI.
Enfin, Ségolène Royal, bien qu’elle affirme encore l’inverse, ne sera pas, selon Montebourg, candidate jusqu’au bout. Mieux vaudra pour elle pactiser avec Strauss-Kahn en évitant de mesurer son poids électoral déclinant au sein de la gauche. Attentifs aux « quali », ces études donnant la parole aux futurs électeurs des primaires, les montebouriens affirment en effet que la Présidente de Poitou-Charentes est décrédibilisée pour une très large majorité d’électeurs de gauche.
Une fois débarrassée « des deux filles », la route du 9 juillet serait ainsi plus ouverte qu’il n’y parait pour le député de la Saône et Loire : si la compétition ne concernait que trois candidats -- DSK, Hollande et Montebourg -, ce dernier pourrait alors se déployer à l’abri des deux autres candidats. D’abord parce que les troupes dskistes attaqueront frontalement les hollandais et parmi eux nombre d’élus soucieux de ne pas se mettre en difficulté lors des prochaines échéances électorales, les seules qui comptent pour leur carrières. Ensuite parce que, sur le front des idées, Hollande n’est qu’un sous-produit du strauss-kahnisme. Peu de choses séparent en effet les deux candidats réformistes : ils sont européistes, partisans de l’orthodoxie budgétaire et libre-échangistes, même si l’un et l’autre auront la tentation de gauchir leurs discours. DSK a déjà commencé en évoquant le mot-fétiche de Montebourg, démondialisation. Quant à François Hollande, son contact avec Jean-Pierre Chevènement montre qu’il songe lui aussi à passer à gauche, un grand classique des batailles internes au PS.
Qu’importe, pour Montebourg la bataille Hollande-DSK sera illisible, « deux petits nègres dans un tunnel » lance-t-il en paraphrasant le célèbre roman d’Agatha Christie. Là réside sa chance : alors que dskistes et hollandais se déchireront à coup de chantages aux postes ministériels et locaux, la charge légère de la brigade Montebourg pourrait le hisser au deuxième tour des primaires. Dès lors, tout serait possible.
Mobiliser très au delà du PS
Au fait Montebourg, combien de divisions ? Le député dispose il est vrai de moyens limités. Ses points d’appui se situent en Bourgogne bien sûr, mais aussi dans le Nord-est de la France, en Languedoc-Roussillon et en Rhône-Alpes. Il bénéficie aussi du soutien de l’ex-pôle écologique du PS de Géraud Guibert, quelques centaines de militants tout de même. Il compte bien élargir son audience durant la campagne des primaires. D’abord, toute la gauche du PS, et une bonne partie des aubrystes ralliés au Maire de Lille pour s’opposer à DSK, se sentira trahie dès lorsque Martine aura pactisé avec Dominique. Certes, Hamon et Emmanuelli plieront, mais leurs troupes se sentiront plus proches des idées de Montebourg que de celles de DSK. Deuxième atout, son fort engagement écologique -- il défend un protectionnisme « vert » -- peut lui faire gagner des suffrages dans cet électorat dont une partie votera aux primaires socialistes. Enfin, la fibre républicaine de Montebourg, vivifiée par des relations anciennes et maintenues avec Jean-Pierre Chevènement, peut faire du candidat Montebourg un rasoir à trois lames. Il vient d’ailleurs de s’adresser aux Radicaux de gauche, autre famille orpheline de la gauche DSK pour leur proposer de participer aux primaires.
Il y a aussi la question des moyens. La règle des primaires limite à 60 000 euros le plafond de campagne. Montebourg ne sera donc pas désavantagé. Il bénéficiera en outre du soutien de la Netscouade sur Internet, plus gros budget de sa campagne interne, l’équipe qui avait assuré le succès de Ségolène Royal avec Désirs d’avenir. Le site desideesetdesreves.fr, fonctionne déjà depuis novembre 2010. Montebourg a pris langue avec plusieurs intellectuels non conformistes, comme Hakim El Karaoui ou l’économiste Jean-Luc Gréau, qui a été longuement interviewé sur le site. Emmanuel Todd, qu’il a rencontré plusieurs fois, va préfacer un petit ouvrage « agitatif » une sorte de manifeste vendu 2 € : Votez pour la démondialisation (3). Montebourg y prendra position assez clairement pour une politique plus offensive à l’égard de l’Allemagne, assez hétérodoxe par rapport aux violons socialistes sur le couple franco-allemand. Enfin, Aquilino Morel, l’ancien conseiller de Lionel Jospin, devrait devenir l’un de ses porte parole, tandis que Benoït Thieulin, le patron de la Nestcouade, fait partie du staff rapproché du candidat.
Un électorat flou
La campagne des primaires socialistes conserve cependant une inconnue de taille : c’est la seule élection dont on ne connait pas le périmètre électoral puisqu’il suffira de pas grand chose pour voter. Et le résultat ne sera pas le même selon que le corps électoral sera de 500 000, un ou quatre millions de personnes. En s’investissant dans l’organisation des primaires, Montebourg a voulu torpiller -- en l’ouvrant -- un système qui écrase selon lui les idées au profit des batailles d’appareil.
L’incertitude du scrutin repose donc en grande partie sur son caractère inédit. Mais comment prôner la rupture avec le système tout en restant dans le cadre unitaire puisque chaque compétiteur devra s’engager derrière le vainqueur ? Comment crédibiliser un combat pour la démondialisation tout en acceptant de rallier ensuite celui qui restera, pour longtemps encore, l’ex-patron du FMI ? Pour réveiller un électorat de gauche anesthésié par toutes les raclées électorales et sociales subies depuis 2002, il faut sans doute taper fort. Arnaud Montebourg, le moins médiatique des candidats, peut-il y parvenir dans une campagne en forme de sprint de moins de deux mois (si on compte la trêve estivale) ? On le souhaite, ne serait-ce que par aversion pour un duel Hollande-DSK qui se jouerait davantage sur le tour de taille et le maintien médiatique que sur les idées. Montebourg, un peu d’air frais comme disait Orwell ?
(1) Flammarion, 2010.
(2) Voyage au bout de la droite notamment, publié avec Jean-Philippe Huelin.
(3) A paraître fin mai chez Flammarion.
Jeudi 28 Avril 2011
Philippe Cohen -- Marianne
SECRÉTARIAT NATIONAL À LA RÉNOVATION
Paris, le 6 mars 2011
Madame Martine Aubry
Première Secrétaire du Parti Socialiste
10, rue de Solférino
75007 PARIS
Madame la Première Secrétaire, ma chère Martine,
J’ai préféré garder jusqu’à présent le silence après la publication malheureuse et inappropriée du rapport que je t’avais exclusivement et confidentiellement destiné au mois de décembre, afin de ne pas ajouter au risque de confusion.
Mais la façon dont les dirigeants qui t’entourent et toi même s’emploient à discréditer mon travail sans condamner d’invraisemblables comportements au sein de la Fédération des Bouches du Rhône me paraît autant désolante que blessante. Cette publication a en outre péniblement interféré dans la campagne pour les élections cantonales que je mène en Saône et Loire comme dans d’autres départements.
Ce rapport était ma dernière transmission dans le cadre de mon travail de Secrétaire National à la Rénovation que tu m’avais confié, avant de partir en campagne pour ma candidature dans les primaires de la gauche.
Ce document est né d’une visite à Marseille le 5 juin 2010 afin de présenter aux militants marseillais le programme de rénovation du parti que nous avons adopté ensemble, contenant outre l’organisation des primaires, la fin du cumul des mandats pour nos parlementaires et l’instauration d’une autorité éthique -c’est l’ironie de la situation- au sein du Parti Socialiste. A l’occasion de cette visite de terrain, de nombreux élus et militants marseillais se sont ouverts à moi de faits les plus condamnables et effrayants qu’ils m’ont relatés dans le détail au sujet de cette Fédération et m’ont littéralement supplié de m’en emparer, de t’en avertir, et d’agir au nom de l’honneur du socialisme.
J’ai jugé en conscience, au regard des responsabilités que tu m’avais confiées pour rénover et transformer le parti, au regard de l’exigence et de la rigueur que j’attache toujours à l’exercice de celles-ci, dans le souci de protection des militants et élus des Bouches du Rhône sincères et honnêtes, exposés aux méthodes abusives et dangereuses qui m’étaient rapportées, qu’il était de mon devoir de le faire dans l’intérêt de la gauche et de sa réputation morale.
Tu comprendras sûrement que la Rénovation du Parti socialiste ne peut pas être à mes yeux une série de discours creux et sans suite concrète, mais au contraire des actes courageux qui feront entrer le socialisme français dans une nouvelle ère dont nous avons tous besoin.
../…
J’ai donc engagé un processus d’enquête approfondie, qui a duré plusieurs mois, pendant lequel j’ai vu et revu des élus, des militants et des témoins qui ont tous confirmé la situation que j’ai décrite dans le rapport. Je puis donc confirmer que chacune des affirmations contenues dans ce rapport ont été méthodiquement et précisément vérifiées et que des éléments de preuves précis et concordants de ce que j’ai décrit dans mon rapport de décembre sont disponibles.
Ces éléments probants concernent la violation caractérisée des statuts du Parti par le Président du Conseil Général de ce Département, la colonisation par des employés du Conseil Général des postes sensibles de la Fédération, le boycott des élections régionales par la Fédération, la distribution de subventions comme outil de pression, les brimades arbitraires sur les élus et citoyens indociles, les menaces physiques sur des hauts fonctionnaires du Conseil Général, et l’intimidation permanente sur certains élus socialistes pour qu’ils se conforment aux intérêts politiques ou financiers de la famille Guérini.
Est-il possible que les socialistes que nous sommes puissions demander des comptes aux abus de pouvoir du sarkozysme, exiger qu’il soit mis fin à la corruption du régime et du pouvoir actuels, notamment dans le soutien, mêlé à l’affairisme, aux dictatures déchues des pays arabes, si nous tolérons en notre sein des comportements aussi condamnables que repoussants ? Le socialisme qui reconstruira la République, après ces années de décomposition, défend une haute idée de la démocratie et doit affirmer ses propres valeurs, y compris contre ceux qui s’en réclameraient tout en les dégradant par leurs actes.
Comme parlementaire et comme juriste, comme homme d’honneur ou comme socialiste engagé depuis trente années, pouvais-je accepter de me taire devant ces faits évidents et inacceptables qu’on m’implorait d’attester en haut lieu pour enfin tenter les faire cesser ?
Abraham Lincoln, l’un des Présidents fondateurs de la grande démocratie américaine avait prononcé cette phrase qui a toujours guidé mon action : « C’est en gardant le silence alors qu’ils devraient protester, que les hommes deviennent des lâches. » Je n’ai pas voulu être ce lâche en fermant les yeux sur les agissements de certains socialistes des Bouches du Rhône. Et je ne souhaite pas que le parti dont je suis l’un des leaders soit fait de ce triste bois là.
Tes collaborateurs zélés ont depuis le mois de décembre commis l’erreur dans cette grave affaire de nous emmener sur le terrain de la loi du silence. Ta haute responsabilité comme Première secrétaire chargée de protéger la réputation du socialisme français est au contraire de conduire une stratégie de délivrance à l’encontre des tables secrètes de ce genre de loi. Tu en as la charge morale vis à vis de l’avenir de nos idées, et tu en as pris l’engagement vis à vis de moi lorsque tu m’as proposé la mission -ni apparente, ni fictive- de rénover nos pratiques et notre mouvement politique.
J’ai retrouvé la lettre que je t’avais destinée par courriel la veille de ma déclaration de candidature aux primaires et qui t’annonçait mon rapport sur les Bouches du Rhône. Je t’y écrivais le 19 novembre 2010 : » Ma chère Martine, je veux te remettre les clés de l’organisation des primaires dont je deviens dès demain l’un des acteurs, en te priant de considérer mon dernier rapport de mission à Washington ainsi que la Charte Ethique qui l’accompagne comme véritablement indispensables à notre réussite collective quel que soit notre candidat. J’aurais voulu te transmettre un autre rapport inachevé que je te communiquerai dans la quinzaine. Il s’agit de mes constatations comme Secrétaire à la Rénovation sur les pratiques politiques de nos camarades socialistes dans les Bouches-du -Rhône. Au mois de septembre, j’avais indiqué à François Lamy que j’avais l’intention de te faire rapport sur ce qu’en toute objectivité aucun Secrétaire National à la Rénovation digne de ce nom ne peut taire dès qu’il en a connaissance. François Lamy m’avait demandé de ne pas déposer ce rapport sur ton bureau. Je le ferai néanmoins, car cela t’aidera à prendre les bonnes décisions vis à vis de la fédération des Bouches-du-Rhône qui à mes yeux mérite malheureusement un sort semblable à celle de l’Hérault. » Ce rapport te fut porté confidentiellement le 8 décembre.
Je regrette qu’on ait cherché à m’empêcher de produire ce rapport avant même son achèvement, je regrette qu’il ait été prétendu avoir été égaré alors que ma lettre annonçait sans ambages son contenu et ses conclusions, et que lorsqu’il fut enfin et effectivement lu, on s’employa à le combattre. Est-il encore possible d’éviter de constater, non sans une certaine désillusion, que tu parais avoir choisi fâcheusement de détourner le regard ?
Pourtant, refuser de porter comme un fardeau le poids des pratiques des Bouches du Rhône nous évitera un handicap persistant pendant l’élection présidentielle qui approche.
Dans la grande offensive que prépare le Front National, dans laquelle vont se jouer le sort et la survie de la République, crois tu opportun de nous envoyer nous battre sur des béquilles, en maintenant notre solidarité avec des pratiques qui nous déshonorent tous ? Il me paraît de l’intérêt supérieur et commun de tous les socialistes de remédier à cette situation comme nous l’avons fait dans l’Hérault. C’est notre intérêt politique, quel que soit le chemin qu’empruntera la justice, car notre responsabilité de socialistes est de faire cesser les pratiques sulfureuses de la direction de cette Fédération, sans attendre que d’autres le disent à notre place puisqu’il s’agit de pratiques internes au Parti Socialiste dont le juge n’est pas saisi.
Il y a aussi, selon moi, nécessité à faire cesser les violations évidentes de nos statuts selon lesquels on ne peut pas diriger à la fois la Fédération et un Conseil Général. À quoi servirait-il qu’on ait instauré dans le programme de la rénovation une autorité éthique destinée à faire respecter les statuts pour laisser un élu en accointance avec la direction les violer avec allégresse ? Ce serait envoyer un message d’autorisation généralisée de piétinement de nos règles communes.
Je maintiens donc les conclusions de mon rapport tendant à la mise sous tutelle de la Fédération des Bouches du Rhône. Tu viens d’ordonner une commission d’enquête à la demande de Jean‑Noël Guérini. Elle vient bien tard, mais je lui destinerai mes informations si elle est composée de personnalités indépendantes, insensibles aux intérêts politiques en jeu dans ce dossier. Dans l’attente, je crois indispensable de décider un moratoire de toute prise nouvelle de responsabilités de l’intéressé, notamment à l’issue des élections cantonales, ce que demandent déjà publiquement nos alliés sur place.
Dans une période d’extrême défiance à l’encontre de l’action politique, notre responsabilité n’est à mon sens, ni de différer, ni de minimiser, ni de dissimuler. Elle est au contraire d’affronter la vérité, de la dire et de trancher les nœuds gordiens qui nous entravent depuis des années. Mettre nos actes en conformité avec le désir de probité la plus élémentaire et les attentes du peuple français à l’égard d’un grand parti de gouvernement comme le nôtre supportera-t-il longtemps la soumission à quelques intérêts locaux déliquescents ou l’obéissance à une médiocre frilosité dans une période où il faudra redoubler de courage ?
L’enjeu pour nous tous, socialistes, est de faire surgir dans la population les forces nouvelles qui transformeront avec nous la France. Mais qui veut changer la France doit changer d’abord soi-même, en inventant les pratiques d’un nouveau Parti, débarrassé des oripeaux d’années de compromissions ou d’habitudes détestables. Je décide quant à moi de croire viscéralement -avec tous ceux qui aiment et défendent la beauté exemplaire de la République- dans un mot : honneur.
Ton bien dévoué et fidèle Secrétaire National à la Rénovation.
Arnaud Montebourg
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